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Demandez au ministre algérien du Travail : l'ouverture d'une enquête sur l'origine et la persistance de ce drame ; la garantie du droit à la santé et l'application effective de la législation relative à la protection des professionnels de la taille de la pierre ; l'indemnisation des familles des ayants droit suite à un décès ou une incapacité définitive de travail.

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Silicose : les décès se multiplient

Le travail de la pierre de grès est une spécialité de T'Kout, ville de 11 000 habitant-e-s dans le massif des Aurès, à l’est de l’Algérie, dans une région montagneuse et aride où 30% de la population est au chômage. Extraite uniquement dans la région de Tizi Ouzou, en Kabylie, cette « pierre de grès » aux tons ocres et cuivrés est acheminée vers les chantiers près des grandes villes du pays vers lesquels convergent les ouvriers de T’kout qui se déplacent à des centaines de kilomètres de chez eux pour gagner de quoi vivre.

Sans masque ni protection, ils sont confrontés depuis quelques années à l’émergence d’une maladie professionnelle incurable : la silicose. Lorsqu’elle est taillée, la pierre de grès dégage de fines particules de silice. Si fines qu’elles pénètrent dans les poumons par les voies respiratoires et entrent dans l’organisme par les pores de la peau. Au mieux, les ouvriers se protègent de la poussière avec les « moyens du bord » : du coton dans le nez et des masques antigrippaux trop fins et inadaptés.

«Quand j’ai débuté, je n’étais pas au courant des dangers de la profession », témoigne Abdel Madjid Benchouri, un père de famille atteint de silicose. Pourtant, la silicose peut se développer en seulement quelques mois et des centaines de jeunes artisans sont contraints de revenir dans leur ville natale, T’kout, pour se faire soigner ou mourir, dans l’indifférence des pouvoirs publics. Depuis 2001, 121 ont succombé, 359 sont au stade avancé de la maladie et 15 autres sont sous assistance respiratoire continue.

En cause : les nouvelles techniques de taille

"Auparavant, les parents travaillaient avec un marteau et un burin. C’était très long certes, mais ça ne dégageait presque aucune poussière. Avec les nouveaux appareils et le matériel provenant de Chine, tailler la pierre est devenu dangereux " explique Kouceila Zerguine, avocat des victimes de la silicose.
L’avocat pointe notamment du doigt le manque de contrôle sur l’importation de matériels de taille. Soupçonnés de contenir de l’amiante, les disques de tronçonneuse sont sur la sellette : « Comment de tels produits peuvent-ils passer nos frontières ? » s’indigne Maître Zerguine.

Malgré le danger, les jeunes générations continuent à exercer cette profession, faute d’alternative. Mais une fois malades, les ouvriers ne perçoivent plus que 3 000 dinars d’aide de la municipalité par mois, soit à peine 30 euros. L’équivalent de ce qu’ils gagnaient en deux jours en taillant la pierre.

En 2007, la question de l’indemnisation des tailleurs de pierre de T’kout a été évoquée lors d’une séance de questions au Parlement mais depuis cette date, rien n’a été entrepris.

Les autorités doivent réagir

En 2013, face à l’inertie des ministères qui devraient protéger les travailleurs, l’avocat des victimes a multiplié les démarches auprès des autorités, notamment par des courriers au président du Conseil de la nation, au président de l’Assemblée populaire nationale et au président de la République, restés sans réponse.

Non seulement les autorités ne répondent pas, mais elles ont même refusé à la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme (LADDH) l’autorisation d’organiser une opération de sensibilisation et de prévention auprès des tailleurs de pierre. “Il est impensable de croire à une solution si les institutions censées protéger les travailleurs dans les milieux professionnels (inspection du travail et médecine du travail) n’assument pas leurs responsabilités”, regrette Maître Zerguine.

“Une ambulance en ruine de plus de 15 ans pour transporter nos malades, voilà ce que nous a donné la direction de la santé publique de Batna” s’insurge Dris Hadrani (porte-parole des tailleurs de pierre), qui pointe du doigt l’indifférence des décideurs. Face à l’inertie de l’Etat, les organisations locales en appellent à l’opinion publique internationale pour demander aux ministres compétents :

- l'ouverture d'une enquête sur l'origine et la persistance de ce drame ;
- la garantie du droit à la santé et l'application effective de la législation relative à la protection des professionnels de la taille de la pierre ;
- l'indemnisation des familles des ayants droits suite à un décès ou une incapacité définitive de travail.